Les mycoses buccales sont essentiellement dues au Candida
albicans, une levure particulièrement impliquée et
prépondérante en pathologie humaine. Les autres variétés de Candida
sont = tropicalis, pseudotropicalis, guillermondi et krusei. Les
candidoses buccales regroupent plusieurs formes cliniques: muguet,
langue noire villeuse... Il est fréquent que la localisation
buccale ne soit pas isolée et participe plutôt à une véritable
maladie à localisations multiples: vulvo-vaginale, anale, aines,
seins, ombilic, plis divers (doigts...), tube digestif, voies
respiratoires, etc...
Cependant, il faut rappeler que le candida ne devient
pathogène que lorsque la flore microbienne est perturbée, ce qui
ouvre le chapitre des causes favorisantes. Le candida est un germe
opportuniste dont la virulence se manifeste lorsque la réponse
immunitaire diminue pour diverses raisons, soit spontanément, soit
par suite de problèmes pathologiques généraux ou médicamenteux
(antibiothérapie au long cours par exemple). Ainsi constate-t-on
que diverses populations se trouvent plus particulièrement
exposées:
- Les enfants et les personnes âgées tout simplement en raison de
l'état physiologique ou pathologique de leur système
immunitaire.
- Les diabétiques non équilibrés, chez qui il est vain d'attendre
un quelconque résultat thérapeutique local sans rééquilibre de la
glycémie.
- Certains malades atteints de maladies endocriniennes =
insuffisance rénale, hypothyroïdie, hypoparathyroïdie…
- A l'évidence les malades sous traitements immunodépresseurs
(chimiothérapie, corticothérapie au long cours) ou atteints de
maladies immunosuppressives dont le SIDA est la plus
démonstrative.
- Il ne faut pas oublier le rôle favorisant des œstrogènes
(pilule contraceptive), des antiparasitaires (métronidazole).
- Les antibiothérapies itératives, massives, interrompues trop
tôt et mal conduites.
Les formes cliniques buccales
Le muguet est plus fréquent chez l’enfant, notamment en crèches
ou en maternité et chez l’adulte débilité par une maladie grave ou
décompensée: diabète, convalescence difficile, tuberculose, etc...
Chez l’enfant, on peut voir des formes multifocales, dont certaines
généralisées peuvent entraîner la mort, surtout d’ailleurs en
raison de l’état général déficient qui a précédé et qui explique la
candidose. Il est évident que le tout jeune enfant, il n'est pas
facile de faire préciser les signes cliniques subjectifs comme la
sensation de brûlure ou le goût métallique, ce qui n'est plus le
cas des lésions objectives à type d'efflorescences blanchâtres
caractéristiques, faciles à racler à l'aide d'une spatule pour
confirmer le diagnostic.
La coloration noire de cette glossite est due à la
kératinisation augmentée après hypertrophie de la gaine cornée des
papilles. Les papilles peuvent ainsi atteindre jusqu’à 1 cm de
longueur. En général, le candida albicans n’est pas le
responsable unique. Plusieurs autres causes sont avancées, comme
les troubles hépato-digestifs, la tuberculose, l’abus de bains de
bouche oxygénés, et surtout l’abus d’antibiotiques.
Cette stomatite bulleuse peut avoir pour cause le candida
albicans.
Les candidoses au cours des antibiothérapies ou
corticothérapies
Il faut rappeler que le candida albicans est un hôte
saprophyte des muqueuses, ce qui n’est pas le cas pour la peau, le
sang, les urines ou les phanères. Par conséquent, sa présence dans
la salive n’est pas un argument suffisant pour établir la réalité
d’une candidose, il faut ajouter la présence de plusieurs éléments
fongiques lors de prélèvements successifs, mais surtout la rapidité
de croissance des souches.
Ensuite, il faut souligner les relations de symbiose entre:
- Candida et bacille de Koch.
- Candida et staphylocoque.
- Candida et colibacille.
L’infestation peut se faire:
- Par contiguïté: lors d’une infection de voisinage du fait de la
présence saprophyte du candida (infections buccales,
laryngées, génitales, etc..).
- Par voie sanguine à partir de l’intestin.
- Par contagion directe: relations sexuelles, candidose du
nouveau-né à partir d’une mycose vaginale de la mère, contagion du
personnel médical, candidose iatrogène (cathéter par exemple).
Le rôle du " terrain " est primordial, notion qui n’a
pas échappé aux homéopathes. Les officiels reconnaissent les causes
générales suivantes:
- L’état général déficient: il est de constatation courante que
les mycoses concernent davantage les prématurés, les grands malades
débilités, ou atteints d’affections malignes dont certaines
hémopathies, ou de troubles de la réponse immunitaire.
- Les déséquilibres hormonaux sont incriminés, dont le
diabète (demander un contrôle de la glycémie devant toute
mycose rebelle), l’insuffisance thyroïdienne, la grossesse (qui
favorise les infections génitales).
- L’âge: le muguet est particulièrement fréquent chez l’enfant ou
chez le vieillard, la langue noire villeuse chez l’adulte.
- Certains facteurs alimentaires = dénutrition, carences
vitaminiques (vitamine A surtout).
Parmi les causes locales, il faut rappeler et rechercher:
- L’antibiothérapie prolongée ou itérative, qui perturbe
l’équilibre de la flore microbienne locale (bouche ou vagin) et
surtout intestinale.
- Les corticoïdes au long cours qui désorganisent les
mécanismes immunitaires et qui, pour les homéopathes, sont
responsables de la mise en oeuvre du mode réactionnel
sycotique.
- Les œstrogènes, dont la pilule contraceptive qui serait
responsable de vaginites, parfois à candida.
- Les psychotropes qui peuvent influencer la sécrétion
salivaire dans le sens de la diminution et abaissement du PH
salivaire.
- Les antimitotiques et les immunosuppresseurs, du
fait de leur retentissement évident sur la réponse
immunitaire.
- Certains médicaments (dérivés de l’imidazole) utilisés en
traitement local d’une vaginite peuvent favoriser une candidose
vaginale et par contagion une candidose buccale.
- La radiothérapie qui entraîne souvent une sécheresse
buccale.
- Une hygiène inexistante (en particulier chez les porteurs de
prothèses) et le tabagisme.
Le traitement classique
Localement, il convient d’alcaliniser le milieu buccal par des
bains de bouche appropriés, dont ceux contenant du bicarbonate de
soude. On peut également badigeonner plusieurs fois par jour les
lésions mycosiques avec des antifongiques en suspensions ou en
pommades. Le médecin proposera, dans les candidoses
post-antibiotiques une stérilisation du tube digestif par des
comprimés per os de "nystatine", ou "d'imidazole", qui ont une
action locale sur la muqueuse intestinale.
Sur le plan général, deux antifongiques sont les plus connus:
FUNGIZONE (amphotéricine B) et MYCOSTATINE (mystatine). Ils sont
souvent efficaces mais présentent quelques risques iatrogènes:
néphrotoxicité pour le premier (avec risque hépatique et
neurologique) et risque allergique pour le second. Dans les cas de
candidoses diffuses sévères ou à titre préventif chez les
immunosupprimés, on peut utiliser le miconazole per os (Daktarin),
le clotrimazole, la 5-fluorocytosine (Ancotil) ou le kétoconazole
(Nozoral).
NE PAS OUBLIER LES ALLERGIES A CANDIDA
Le candida albicans peut être responsable d’allergies
dont plusieurs formes sont décrites:
- Les manifestations cutanées: eczéma (paupières, cuir
chevelu, conduit auditif externe, périnée, organes génitaux
externes...), dyshidrose, urticaire, oedème de Quincke,
névrodermite, prurit, para kératoses....
- Les manifestations respiratoires: coryza spasmodique,
sinusite, asthme...
- Les manifestations muqueuses: stomatite, glossite,
pharyngite, conjonctivite...
- Les manifestations digestives: brûlure gastrique, colite
chronique, œsophagite...
- Autres manifestations: céphalées, migraines,
arthralgies...
On imagine facilement la difficulté du diagnostic lorsque le
malade consulte pour l’une de ces manifestations. Il n’est pas
évident de penser à une allergie au candida, surtout dans les
formes frustes de candidoses. Le diagnostic sera établi ou confirmé
par la positivité des tests d’allergie à la candidine.
Cette allergie est intéressante à découvrir et à connaître pour
le traitement homéopathique qui proposera, en plus du médicament de
fond, quelques prises de POUMON-HISTAMINE 15 CH, une à deux fois
par jour lors d'une poussée aiguë.
Le traitement homéopathique
Les propositions qui suivent concernent en fait toutes les
affections citées dans ce cours. La méthodologie homéopathique
reste la même, quelle que soit l’affection, sauf mention spéciale.
Car, s’il est nécessaire sur le plan didactique de
" saucissonner " ces différents chapitres, la
prescription homéopathique ne tient compte que de la personnalité
réactionnelle du patient, et de lui seul.
Dans des affections aussi récidivantes que celles étudiées ici,
il est logique de proposer un traitement en trois plans:
- le , qui représente la " prise en charge " du
terrain de prédisposition qui seul explique le caractère
récidivant.
- le qui répond à une poussée aiguë et qui valorise les
symptômes présents à ce moment avec autant que possible leurs
modalités.
- le qui se propose de " neutraliser " les causes
éventuelles, chaque fois qu’elles sont identifiées
(biothérapiques).
LE PLAN DIATHÉSIQUE
Dans son ouvrage " Les maladies de la peau "
(Cahier de Médecine homéopathique n°2 - MASSON 1987 - p. 127),
Roland ZISSU précise l’ordre d’importance décroissant de chaque
mode réactionnel dans le traitement des mycoses:
- LE MODE RÉACTIONNEL SYCOTIQUE vient en tête, d’abord en raison
du rôle favorisant des facteurs d’atteinte du système immunitaire,
expliquant les caractéristiques évolutives de ces maladies:
chronicité, torpidité, résistance aux traitements chimiques ou
homéopathiques.
- LE MODE RÉACTIONNEL PSORIQUE, dans sa phase asthénique, avec
décompensation du malade du fait du blocage des éliminations. Les
troubles deviennent alors torpides et récidivants, notamment avec
atteinte élective des orifices cutanéo-muqueux.
- LE MODE RÉACTIONNEL TUBERCULINIQUE apparaît un peu en retrait,
mais l’atteinte des muqueuses traduit des éliminations qui ne
soulagent pas, du fait de l’encombrement veineux, lui-même
favorisant les atteintes inflammatoires de la muqueuse buccale
(entre autres).
- LE MODE RÉACTIONNEL LUÉTIQUE bien que cité ici en dernière
position occupe en fait une place originale, du fait de sa
physiopathologie lésionnelle, caractérisée par des
micro-endartérites oblitérantes, expliquant la tendance aux
ulcérations nécrotiques. Dans les atteintes de la muqueuse buccale
étudiées ici, sont retrouvées la torpidité, la dégradation de
l’état général du fait de pathologies générales lourdes et de leurs
traitements chimiques.
Les remèdes de ces modes réactionnels généraux ont souvent été
étudiés et ne seront pas repris ici. Nous renvoyons aux ouvrages de
références, dont le Manuel de Médecine homéopathique de R.
ZISSU et de M. GUILLAUME ou notre ouvrage personnel
" Homéopathie, terrain et odontostomatologie "
(MASSON 1989).
LE PLAN SYMPTOMATIQUE
Il faut croire que ce sujet des mycoses n’a pas inspiré les
auteurs car sur 10280 articles référencés par nous il n’y a qu’un
seul article et encore traite-t-il des mycoses respiratoires. Il en
est de même des répertoires et des matières médicales.
Au gré de nos recherches, nous avons pu trouver mention des
médicaments suivants:
Pour le muguet: ARGENTUM NITRICUM, ARSENICUM ALBUM, BAPTISIA,
BELLADONA, BORAX, CAPSICUM ANNUUM, CARBO VEGETABILIS, CAUSTICUM,
CHINA, HEPAR SULFUR, HYDRASTIS, KALI BICHROMICUM, KREOSOTUM,
MERCURIUS SOL. , CYANATUS, CORROSIVUS, NATRUM CARBONICUM, NATRUM
PHOSPHORICUM, NITRI ACID., PENICILLINUM, PHYTOLACCA, PSORINUM et
SULFUR.
On retrouve à peu près les mêmes, et c’est normal, pour les
mycoses buccales: ajouter à la liste précédente = ANTIMONIUM
CRUDUM, CALCAREA CARBONICA, DULCAMARA, FLUORIC ACID., GRAPHITES,
LUESINUM, MEDORRHINUM, NATRUM MURIATICUM, NATRUM SULFURICUM, SEPIA,
SILICEA, SULFUR, THUYA et TUBERCULINUM.
LE PLAN ÉTIOLOGIQUE
Ce plan impose à l’évidence la mise en cause d’un agent
déclenchant, antibiotiques, corticoïdes, etc... ou l’utilisation
thérapeutique de la souche en cause (CANDIDA ALBICANS par exemple).
Penser également aux causes psychogènes évoquées plus haut. Voici
quelques commentaires sur certains d’entre eux.
Cet antibiotique de la famille des b-lactamines a fait l’objet
d’une pathogénésie au début des années cinquante par M.
GUERMONPREZ. Cette expérimentation confirme la pratique clinique =
réactions iatrogènes aux antibiotiques en général, mais surtout aux
pénicillines, dont les mycoses = langue noire villeuse (en partie
dépapillée et douloureuse), épidermomycoses surtout surinfectées,
macérées et suintantes (SEPIA), lichen (THUYA).
La langue noire villeuse est une donnée caractéristique des
conséquences ou des accidents de la pénicilline au point que M.
GUERMONPREZ en fait un symptôme-guide (ou Key-note). Les officiels
le reconnaissent volontiers. La bouche est l'une des cibles de la
pénicilline = stomatite, glossite œdémateuse peu douloureuse,
muguet qui peut s'étendre à tout le tube digestif. De même, la
pénicilline exalte toutes les formes de mycoses, pas seulement au
niveau des muqueuses, mais également au niveau de la peau
(pityriasis versicolor, intertrigos, etc…). GUERMONPREZ a constaté
également au cours de ses expérimentations des "douleurs dentaires
sur un fond de sensibilité sourde des dents, spécialement des
incisives et canine supérieure droite, avec extension de la douleur
au sinus maxillaire droit qui est le siège d'inflammation et
d'infection, sinusite d'origine dentaire" [L'Homéopathie française
- 1955 - n°5, p. 270.].
On peut le prescrire en 9 ou 15 CH deux à trois fois par semaine
sur la notion de cause éventuelle favorisante à la suite d’une
antibiothérapie intensive. Mais son action sera encore plus
efficace si l’on retrouve quelques-uns des signes suivants:
asthénie, frilosité, fébricule autour de 38°, suppurations
récidivantes et traînantes, mycoses, lichen, rhumatismes ou
arthralgies, éruptions cutanées (furonculose, urticaire, eczéma,
oedème...), névralgies sus et rétro-orbitaires ou dentaires,
verrues, tumeurs bénignes.
GUERMONPREZ affirme que PENICILLINUM se situe entre SULFUR et
HEPAR SULFUR ou THUYA. Sa fièvre évoque FERRUM PHOSPHORICUM, son
angine et certaines algies PHYTOLACCA, ses suppurations traînantes
et sa frilosité SILICEA et ARSENICUM ALBUM.
MUCOR MUCEDO (culture d’une variété de champignon
mycélien).
Ce biothérapique sera d’autant plus efficace que la mycose
apparaît ou se trouve aggravée au printemps et améliorée par un
séjour prolongé au bord de la mer. Il ne faut pas attendre de
miracle de ce médicament.
LE LICHEN PLAN BUCCAL
Le lichen plan est une affection dermatologique, caractérisée
par des éruptions inflammatoires, prurigineuses, récidivantes,
faites de petites papules discrètes, à contours polygonaux, qui
finissent par confluer en plaques rugueuses et squameuses. La
présence de lésions buccales est fréquente (50% des cas). Il ne
faut pas séparer arbitrairement le lichen plan buccal du
lichen plan tout court, maladie générale mais à
localisations diverses. Il s’agit de la même maladie. Cependant,
cette maladie reste assez rare, elle touche à peu près 0,5 à 1,5%
de la population.
Le lichen plan buccal siège: sur la face interne des
joues (face postérieure, sous forme de ponctuations blanches,
isolées, ou de réseaux et d’arborisations brillantes), sur le
dos de la langue (stries blanchâtres, plaques ou
arborisations, ou nappes ou traînées opalescentes), sur le bord
libre des lèvres (fines arborisations brillantes) et encore sur
le palais, sur la gencive (notamment derrière les
dents de sagesse).
Au niveau de la langue, ces plaques sont dues à un
épaississement de l’épiderme lingual qui submerge les papilles,
elles-mêmes moins développées, voire atrophiées. Les lésions plus
importantes donnent un aspect scléreux, avec des zones dépapillées,
le tout formant un réseau.
Il existe une forme circinée assez rare avec des taches
ovalaires de 7 à 8 mm de long sur 3 ou 4 mm de large, avec une zone
centrale d’aspect sain. Classiquement, plusieurs formes cliniques
sont décrites:
- La forme banale avec les taches en réseaux sus-décrites,
le plus souvent peu active (absence d’érythème).
- La forme scléreuse hypertrophique, siégeant le plus
souvent à la face postérieure de la joue, autour de la dent de
sagesse inférieure. Les lésions s’étendent en nappes, d’épaisseur
irrégulière, parfois mamelonnées, ou végétantes.
- Une forme scléreuse atrophique, plus fréquente, sur la
face interne des joues ou sur la langue. La lésion donne un aspect
lisse, avec quelques sillons blanchâtres, qui peuvent évoquer la
syphilis lorsqu’ils sont profonds.
- Enfin, une forme érosive, assez fréquente, pratiquement
la seule à donner des douleurs, notamment au contact des aliments.
La lésion est rouge, érosive, à fond oedématié, de forme
irrégulière, parfois losangique, fréquemment sur-infectée.
Le problème du diagnostic et de l’étiologie
Histologiquement, le lichen plan est assez bien caractérisé.
Mais cliniquement, le diagnostic différentiel doit être fait avec
une leucoplasie, une candidose, voire une lésion carcinomateuse, ou
même des aphtes atypiques, ou une stomatite herpétique ou enfin un
érythème polymorphe. La kératose tabagique doit être écartée. On
doit penser également au lupus érythémateux disséminé, qui donne
des lésions en forme de taches arrondies saillantes, rouges avec
des points ou des traînées blanchâtres. Le diagnostic est confirmé,
éventuellement, par la présence de papules arrondies de 1 à 2 mm,
rosées et brillantes, parfois recouvertes de squames.
A l’heure actuelle, la cause reste encore inconnue. Comme
toujours dans ces cas, on incrimine divers facteurs déclenchants
comme certaines intoxications (arsenic, bismuth, or, produits
photographiques couleur). Enfin, on a constaté dans un grand nombre
de cas que l’éruption faisait suite à un choc émotionnel ou
à un stress, comme d’ailleurs lors de poussées d’aphtes ou
d’herpès.
Le traitement en médecine classique
Faute d’une connaissance suffisante de la cause, le traitement
classique va de l’abstention dans les formes asymptomatiques à la
suspension d’un élément toxique (médicament par exemple). En cas de
formes cutanées, on propose un anti-histaminique lorsqu’il y a
prurit intense. Enfin, pour les formes cutanées et/ou buccales
importantes, la corticothérapie par voie générale est pratiquée,
mais pour de courtes périodes.
Les formes naturellement résolutives sont exceptionnelles. On
constate le plus souvent une évolution chronique, durant des
années, avec des poussées plus ou moins intenses ou prolongées. Il
existe tout de même un risque d’évolution vers un carcinome (1 à
10% des cas). Cela implique une surveillance constante.
Le traitement en homéopathie
Il faut d’abord constater que ce sujet n’a pas passionné les
auteurs. Sur environ 10280 titres d’articles référencés, il n’y en
a qu’un seul ! Dans une communication présentée en 1973 à la
Semaine Homéopathique de Paris, R. PERNOT écrit ceci:
" Pour en terminer...deux mots sur le lichen plan buccal. Il
est tenace, demande une longue patience et une régularité parfaite
dans le traitement. Je ne décrirai pas les remèdes possibles. Je me
bornerai à les énumérer: Aurum metallicum, Fluoric acid.,
Graphites, Nitri acid., Phytolacca, Silicea, Tabacum. Ce sont
ceux que j’ai trouvés cités au cours de mes lectures. Mais le
principal est, à mon avis, MERCURIUS SOLUBILIS et si le
sujet se plaint d’une nette irritation des muqueuses buccales =
Mercurius corrosivus. Il m’a déjà rendu service dans l’un ou
l’autre cas de lichen buccal ".
On trouve également des indications sur ce sujet dans au moins
deux livres. D’abord dans l’ouvrage princeps de Paul CHAVANON
(1898-1962): " Thérapeutique O.R.L.
homéopathique ". C’était un praticien très actif, un
enseignant véhément dans ses convictions, un pluraliste convaincu
et enfin un chercheur à qui on doit plusieurs médicaments dont
certains sont encore commercialisés (Homéoplasmine et SEDATIF
P.C.). On trouve dans ce livre, à la page 575, seulement quelques
lignes sur le lichen plan buccal et la leucoplasie. " J’ai,
plusieurs fois, réussi à faire disparaître ou à diminuer
considérablement des plaques importantes de leucoplasie ou de
lichen plan de la face interne des joues avec l’association
suivante: Graphites 30 et 200, Fluoric acid. 30,
Nitri acid. 30, Silicea 30 et Phytolacca
30.... Bien entendu, j’ai fait supprimer tout tabac pendant le
traitement. Dans l’une de mes observations, la fonte des plaques a
semblé s’accélérer nettement dès que j’ai ajouté aux remèdes
ci-dessus Tabacum P.C. 30, deux granules une fois par 24
heures ". Dans cet ouvrage, il est précisé que la 30° K
correspond à peu près à 4 ou 5 CH, la 200°K à la 7 ou 9 CH.
Le premier commentaire est inspiré par cette formule complexe
" passe-partout " que l’on peut donner à tous les
patients, sans individualisation. Cela choque en homéopathie, même
si les partisans de cette pratique avance l’argument de
l’efficacité. Il y a là une manière de pratiquer l’homéopathie qui
s’apparente à la médecine classique. Mais cette critique faisait
" hurler " Paul Chavanon, paraît-il. On peut remarquer
que R. PERNOT cite les mêmes médicaments.
Le deuxième ouvrage est en fait l’ Encyclopédie
Médico-Chirurgicale, qui a consacré deux tomes à l’Homéopathie.
Dans le premier (référence tome 1 - 38. 255 A 20), Émile ILIOVICI
écrit les lignes suivants : " Les stomatites lichénoïdes
restent un peu à part. Elles sont souvent rebelles et ARNICA peut
utilement lever l’anamnèse (sic) d’un très fréquent choc nerveux.
Quant aux données locales, elles orientent surtout vers
Mercurius corrosivus, Aurum metallicum et ses dérivés (en
particulier Aurum thiosulfuricum natronatum), Arsenicum
album, et aussi Berberis, Euphorbium ".
Pour une affection comme le lichen plan ou d’autres, pour
lesquelles les ouvrages de référence restent trop discrets, il n’y
a pas d’autres méthodes que d’appliquer la démarche homéopathique
la plus éprouvée: d’abord prendre une observation aussi complète
que minutieuse. Rechercher ainsi le , celui qui correspond aux
signes et symptômes les plus valables sur le plan de la
hiérarchisation qualitative = les circonstances étiologiques, les
signes psychiques, les signes généraux, les modalités générales,
enfin les signes loco-régionaux. Comme l’on vise surtout à
débarrasser le patient de cette affection chronique, cette méthode
est la seule possible.
Si l’on a la chance de mettre en évidence une
circonstance étiologique, il faut alors et toujours commencer par
une neutralisation étiologique. Dans le cas du lichen plan buccal,
les auteurs semblent d’accord sur le rôle possible d’un toxique ou
d’un stress ou choc psychique.
S’il s’agit de l’action d’un toxique, et si l’on peut
l’identifier, il faut donner ce même toxique en moyennes, puis
hautes dilutions. Depuis les travaux sur la cinétique d’élimination
d’un toxique conduits il y a près de 50 ans par Lise WURMSER, il
est démontrer que des dilutions de ce même toxique sont capables
d’entraîner son élimination, alors qu’il n’est plus spontanément
éliminé. Chaque fois que possible, il faut commencer par ce
traitement.
Lorsqu’il y a une cause psychogène, les médicaments
homéopathiques sont nombreux.
En voici, pour rappel, une liste non exhaustive:
- Suite d’émotions: GELSEMIUM, IGNATIA, NUX VOMICA,
PULSATILLA...
- Suite de peurs: GELSEMIUM, IGNATIA, OPIUM, PULSATILLA,
KALI BROMATUM, ARGENTUM NITRICUM, AMBRA GRISEA...
- Suite de colères: CHAMOMILLA, COLOCYNTHIS, NUX
VOMICA...
- Suite de colère, d’indignation ou d’humiliation
" rentrées ": STAPHYSAGRIA...
- Suite de jalousie: LACHESIS, NUX VOMICA, PULSATILLA,
STAPHYSAGRIA...
- Suite de chagrin, suivi de dépression avec irritabilité:
AMBRA GRISEA, CONIUM, AURUM METALLICUM, PHOSPHORIC ACID. (mutisme,
indifférence...), IGNATIA, KALI BROMATUM, KALI PHOSPHORICUM et
surtout NATRUM MURIATICUM...
- Suite de déception sentimentale: AURUM METALLICUM (pense
au suicide mais a peur de la mort), IGNATIA, NATRUM MURIATICUM
(refuge dans la solitude, anorexie....), PHOSPHORIC ACID., ACTEA
RACEMOSA (peur de la folie, troubles menstruels...), ANTIMONIUM
CRUDUM (pleurs, dégoût de la vie, boulimie...), CALCAREA
PHOSPHORICA (anorexie, refuge dans la solitude...), HELLEBORUS
NIGER (hébétude, prostration...), STAPHYSAGRIA (refoulement,
somatisation = troubles urinaires, chalazion, carie avec dentine
réactionnelle dure et brune...)...
Mais, il faut ensuite rechercher les autres signes les plus
caractéristiques du patient, en privilégiant ceux que l’on appelle
" diathésiques ", pour la raison évidente que tous les
auteurs sont unanimes à reconnaître la chronicité de cette
affection, ce qui induit obligatoirement la participation du
" terrain ".
Dans les listes citées plus haut par R. PERNOT, E. ILIOVICI ou
P. CHAVANON, il faut reconnaître que de nombreux remèdes du mode
réactionnel luétique sont présents: AURUM METALLICUM, FLUORIC.
ACID., NITRI ACID., PHYTOLACCA, et surtout les deux MERCURIUS,
SOLUBILIS et CORROSIVUS. Pour les autres médicaments, SILICEA est
avant tout un déminéralisé, mais il a quelques signes luétiques,
comme la tendance aux hypertrophies et indurations
lympho-ganglionnaires. Pour GRAPHITES, il s’agit d’un remède
" carrefour " indiqué lorsque le malade hésite entre deux
modes réactionnels: le mode psorique qui ne parvient plus à
maintenir l’équilibre et le mode sycotique, tout de ralentissement
métabolique.
L’indication de MERCURIUS peut évoquer le rôle des amalgames
dentaires et de leur toxicité. Quelques auteurs incriminent le rôle
de l’électro-galvanisme buccal dans le développement ou la
persistance d’un lichen plan buccal ou d’une leucoplasie. L’un des
MERCURIUS peut jouer le rôle d’un désensibilisant ou d’un
neutralisant étiologique, en dehors d’une indication basée
davantage sur la similitude symptomatique.
Il faut encore penser à d’autres causes, non citées par les
auteurs, comme l’alcoolisme chronique ou les convalescences
difficiles à la suite d’une maladie grave. Il ne faut pas oublier
que le lichen plan est classé parmi les affections auto-immunes. Il
faut alors en cas d’échec des traitements homéopathiques, penser
aux techniques encore marginales mais très prometteuses que propose
l’immuno-thérapie à doses infinitésimales.
Quelques précisions sur les " petits remèdes " cités,
comme BERBERIS, PHYTOLACCA et EUPHORBIA semblent utiles, car les
autres médicaments ont été décrits à plusieurs reprises dans cet
ouvrage.
Berberis vulgaris ou épine vinette est un arbrisseau
épineux (berbéridacées). Son principal constituant est la
berbérine qui possède des propriétés cholagogues,
cholérétiques et spasmolytiques (on retrouve de la berbérine dans
HYDRASTIS et CHELIDONIUM). Son action concerne essentiellement les
fonctions hépato-vésiculaires et urinaires. Il est souvent utilisé
comme " draineur " de ces appareils, en basse dilution =
lithiase uratique avec diurèse variable, le plus souvent
insuffisante - douleurs rénales et urétrales (gauches) - colique
hépatique, arthralgies uricémiques, goutte ou rhumatisme après
suppression d’une fissure anale... A cela s’ajoutent quelques
indications cutanées: eczéma sec, prurit avec desquamation fine
(Arsenicum album), psoriasis, pityriasis versicolor, dermatoses
circinées. GUERMONPREZ ajoute une observation personnelle: lithiase
salivaire.
En parcourant plusieurs Matières Médicales, on constate qu’il
n’y a pratiquement pas de signes bucco-dentaires. Il faut donc les
glaner ça et là et surtout les rechercher dans les différentes
rubriques du Répertoire de KENT. Ainsi trouve-t-on les indications
bucco-dentaires suivantes: aphtes, sensation de brûlure,
ulcérations et saignement de la gencive, goût acide, amer, de sang
ou de savon, haleine fétide, bouche sèche avec une salive
cotonneuse et épaisse, douleurs dentaires, surtout la nuit,
glossite avec brûlure, notamment au bout de la langue ou sur les
bords, vésicules sur la langue. Le lichen est l’une des
indications, dans le contexte buccal sus-décrit, chez un sédentaire
atteint des troubles urinaires et hépatiques décrits. Ajoutons
quelques sensations qui peuvent parfois confirmer l’indication:
sensation de bouillonnement ou comme s’il y avait de l’eau ou
quelque chose de vivant en différents endroits (parfois au niveau
de l’A. T. M.), sensation qu’on arrache ses dents.
C’est encore un arbrisseau (raisin d’ Amérique -
Phytolaccacées). Parmi ses constituants, on trouve le
" pokeweed mitogène " qui induit in vitro la
transformation lymphoblastique et stimule à la fois les lymphocytes
B et T. Ceci confirme notre recommandation déjà ancienne d’ajouter
ce médicament en T.M., associé à CALENDULA dans diverses
inflammations buccales: gingivites bien sûr mais également
ulcérations dont les aphtoses (action sédative due sans doute à la
réduction de la surinfection des lésions). PHYTOLACCA est utilisé
depuis longtemps dans l’angine ou la rhino-pharyngite, avec
sensation de courbature générale ou de meurtrissure, douleurs en
avalant, < par le froid humide. On le donne souvent comme
complémentaire de MERCURIUS, certains auteurs le considérant comme
" un mercure végétal ". On l’utilise aussi en pathologie
mammaire: mastoses, mastodynies, syndrome prémenstruel, fissures du
mamelon... Parmi ses composants, il y a une saponoside (la
phytolaccoside) qui possède une action anti-inflammatoire et
anti-rhumatismale.
Mêmes remarques concernant les signes buccaux, absents des
Matières Médicales: aphtes, gingivite (gencive douloureuse, enflée,
rétractée, ulcérée, saignement), leucoplasie, lichen, muguet,
mycose, bouche sèche avec salive épaisse ou hypersalivation,
dentition douloureuse, langue gardant l’empreinte des dents, langue
sèche et ulcérée, ulcérations dans toute la bouche et au palais,
mucosités tenaces.
Ce " petit " médicament a longtemps été utilisé comme
complémentaire d’ ARSENICUM ALBUM dans les cancers évolués, cutanés
ou métastasés à la peau = cancers cutanés ulcérés et infectés dont
il calmerait les douleurs. Ou encore dermites atrophiques et
inflammatoires après irradiation. Les troubles cutanés dominent:
éruptions vésiculeuses ou bulleuses, phlyctènes, sur fond
inflammatoire avec des douleurs brûlantes plus ou moins améliorées
par les compresses froides. Le Répertoire de KENT précise les
signes buccaux suivants: gingivite, goût amer, insipide ou mauvais,
lichen, mucosités, salivation intense malgré une sensation de
sécheresse, douleurs dentaires à la mastication, carie avec
émiettement des dents.
Comme son nom l’indique, il s’agit d’une résine extraite d’une
plante commune en Afrique du Nord et aux Canaries, Euphorbia
resinera. Cette plante est utilisée depuis l’ Antiquité, elle doit
son nom à Euphorbus, médecin de Juba, roi des Numides.
La première pathogénésie a été réalisée par HAHNEMANN et ses
collaborateurs, mais à partir d’un mélange de plusieurs résines
d’euphorbes. Du fait d’une tendance aux inflammations avec
induration, de la sialorrhée, des douleurs brûlantes, EUPHORBIA
peut être un complémentaire de MERCURIUS ou de MEZEREUM dans les
troubles cutanés (vésicules brûlantes type zona ou érysipèle).
La leucoplasie fait partie des kératoses buccales. Ce qui
signifie que cette lésion apparaissant sous forme de taches
blanches est constituée d’une kératinisation de l’épithélium. Selon
le Dictionnaire de Médecine Flammarion, la " kératinisation
est un processus complexe au cours duquel les cellules de
l’épiderme issues des cellules de la couche basale ou
kératinocytes, deviennent au terme de profondes transformations,
des cellules cornées superficielles, anucléées et riches en
kératine ". Selon M. DECHAUME, la leucoplasie est une lésion
double, portant sur l’épithélium mais également sur le chorion
sous-jacent. Au niveau de ce dernier, il existe une infiltration
variable de cellules rondes autour des vaisseaux, parfois des
lésions d’endo-périvascularite et de sclérose conjonctive. . Par
ailleurs, DECHAUME affirme que lorsque la leucoplasie résulte
d’irritations externes, c’est la couche superficielle de
l’épithélium qui se kératinise, alors que la leucoplasie
syphilitique débute dans le chorion.
L’étiologie de la leucoplasie valorise certains
causes locales: tabac surtout, ensuite les irritations provoquées
par des dents cariées avec arêtes vives, l’électrogalvanisme buccal
favorisé par la présence de plusieurs métaux, puis l’abus d’alcool
ou d’épices. Parmi les causes générales, seule la syphilis est
citée. Dans le Manuel MERCK, la leucoplasie est citée dans le
chapitre des cancers buccaux, mais contrairement à une idée
répandue, la leucoplasie n’est pas une lésion précancéreuse
fréquente puisqu’elle ne concernerait que moins de 5% des cas.
La leucoplasie concerne surtout les hommes entre 30
et 50 ans. La localisation la plus fréquente est la région
rétrocommissurale sur la face interne des joues (leucoplasie
labiale des fumeurs décrite par Lortat-Jacob). Puis la langue
arrive en deuxième position: moitié antérieure, face dorsale.
Plusieurs formes cliniques sont décrites: la
leucokératose encore appelée leucoplasie verruqueuse, qui selon
DECHAUME serait le prélude habituel à la cancérisation - l’ulcère
leucoplasique s’aggraverait également par cancérisation.
L’évolution est généralement longue. Avec une bonne
hygiène, la lésion peut rester stable, parfois guérir, mais aussi
récidiver ou donner lieu à une évolution cancéreuse, minimisée par
les auteurs du Manuel MERCK.
Le traitement en médecine classique
La suppression des causes locales est obligatoire, et c’est
normal: suppression du tabac, de l’alcool, des épines irritatives
locales. DECHAUME reconnaît que le traitement antisyphilitique
améliore mais ne guérit pas la leucoplasie. Il conseille la
biopsie, puis l’extirpation chirurgicale en cas de menace
néoplasique. La radiothérapie est déconseillée, de même que les
cautérisations.
Le traitement en médecine homéopathique
Comme pour le lichen plan buccal, les références
bibliographiques sont nulles. Dans un article de l’ Information
dentaire n°1 du 29 mai 1969, J. JAKOWSKI reprend textuellement
la formule de P. CHAVANON dans son livre déjà cité et dans lequel
il y a quelques lignes sur " Lichen buccal et
leucoplasie ". Pour rappel, la formule est la suivante,
exprimée ainsi par JACOWSKI:
- GRAPHITES 7 CH : 5 granules au réveil tous les 14 jours.
- FLUOR ACID. 5 CH
- SILICEA 5 CH 2 gr. au réveil en alternance un jour sur
deux.
- TABACUM 5 CH : 2 granules vers midi.
- NITRI ACID. 5 CH
- PHYTOLACCA 5 CH : 2 gr. vers 18 heures, en alternance un jour
sur deux.
Dans le Répertoire de KENT (Broussalian), on trouve cité les
médicaments suivants (Chapitre Bouche - § Éruptions - page
233):
Hydrocotyle asiatica, Kali iodatum, Mercurius solubilis,
Mercurius corrosivus, Mercurius iodatus ruber, Nitri
acid, Sanguinaria.
Il semble utile de donner quelques précisions sur les
médicaments cités et peu connus.
Il s’agit d’une ombellifère originaire d’ Asie, indiquée dans
les hypertrophies et les indurations du tissu conjonctif et de la
peau avec desquamation. Dans les Matières Médicales, on ne trouve
pas l’indication de la leucoplasie buccale. C’est un
" petit " remède de psoriasis, d’ichtyose, de
sclérodermie, de lupus non ulcéré, de prurit de la plante des pieds
avec sueurs profuses des pieds, de la lèpre. VOISIN ajoute des
indications génitales: ulcération du col de l’utérus, cancer
utérin, métrite, prurit vaginal, leucorrhée profuse, brûlante et
irritante. KOLLITSCH [P. KOLLITSCH : " Homéopathie -
Matière médicale, thérapeutique " Maloine 1955] le classe dans
le groupe " magnésium " et cite la syphilis cutanée.
Ce bi-iodure de mercure est surtout connu pour son indication
dans l’angine prédominant à gauche (contraire: mercurius
proto-iodatus). Peut-on le donner comme complémentaire de MERCURIUS
SOL. ou CORR., remèdes d’action plus générale, lorsqu’existe la
localisation gauche ?
De toute façon, les " petits " remèdes ne peuvent être
compris que comme des complémentaires de médicaments d’action
générale, que l’on peut tenter dans le traitement de ces affections
récidivantes et tenaces que sont le lichen plan et la leucoplasie.
Mais on notera la prédominance des médicaments luétiques, ce qui
n’étonne pas un praticien homéopathe. Nous renouvelons notre
conseil de rechercher systématiquement le remède de fond.
Son action toxique explique des signes voisins de ceux du
mercure: irritation catarrhale des muqueuses, atteinte
d’ostéo-périoste, tendance aux ulcérations. La présence d’iode
explique une tendance aux oedèmes des muqueuses atteintes (O.R.L.,
respiratoires), parfois une certaine tendance à l’hyperthyroïdie
(< chaleur, agitation - c’est le seul KALI aggravé par la
chaleur). Remède de coryza spasmodique, de sinusite frontale aiguë,
de rhumatismes (< nuit, vent humide et chaud), de douleurs
osseuses nocturnes, de goitre, KALI IODATUM est sur le plan buccal,
un remède de gingivite ulcéreuse, d’aphtes, d’éruptions
vésiculeuses, de glossite érythémateuse (brûlure au bout et sur les
bords de la langue - langue hypertrophiée avec des vésicules
brûlantes à la pointe).
Il s’agit d’une affection streptococcique des commissures
labiales. Par extension, on parle de perlèche chaque fois qu’il y a
atteinte inflammatoire de la commissure labiale même si la cause
n’est pas microbienne: origine mécanique par diminution de la
dimension verticale (édenté), ou allergique ou mycosique (Candida
albicans, cryptococcus) ou nutritionnelle (carence en vitamine B2
ou riboflavine, carence en fer). Il existe encore ce que l’on
appelle une pseudo-perlèche syphilitique (papule fissuraire de la
commissure).
Le traitement en médecine classique tient compte de la cause,
comme d’ailleurs en homéopathie = pommade antibactérienne ou
antimycosique, apport vitaminique ou nutritionnelle, pommade à
l’eau d’Alibour.
Lorsqu’on parcourt la Matière Médicale ou un Répertoire, on
retrouve une quarantaine de médicaments éventuels, regroupés dans
un chapitre au titre générique de " Crevasses, fissures,
gerçures, excoriations des commissures labiales ". Citons en
quelques-uns: ANTIMONIUM CRUDUM, ARUM TRIPHYLLUM, CALCAREA
CARBONICA, CAUSTICUM, CINNABARIS, GRAPHITES, HEPAR SULFUR,
HYDRASTIS, KREOSOTUM, LYCOPODIUM, NATRUM MURIATICUM, NITRI ACID.,
PETROLEUM, PSORINUM, SEPIA, SILICEA, ZINCUM. Sont cités au degré
fort: ARUM TRI. , GRAPHITES, NITRI ACID. et CONDURANGO. Ce dernier
mérite un commentaire, les autres étant très connus ou décrits dans
d’autres chapitres.
Il s’agit d’une liane de la Cordillère des Andes, appartenant à
la famille des Asclépiadacées. Des études phytothérapiques ont
confirmé son action cicatrisante des plaies sur peau saine (chez le
rat) et des propriétés cytostatiques in vitro sur divers sarcomes
et adénocarcinomes.
CONDURANGO est utilisé en homéopathie pour les douleurs
du cancer de l’estomac ou de l’ulcère gastrique, plus que sur le
cancer lui-même (douleurs constrictives et intermittentes de l’
oesophage et de l’estomac avec sensation de brûlure rétrosternale).
L’autre pôle d’action concerne les fissures ulcérées des
commissures labiales et de l’anus.
M. GUERMONPREZ ajoute ce commentaire: « La pathogénèse
est bizarrement partagée entre une manifestation bénigne, la
perlèche, et une maladie grave sur laquelle CONDURANGO est sans
doute inefficace: le cancer œsophagien ou gastrique évolué. Mais la
perlèche ne traduit-elle pas la vulnérabilité générale, avec
fissure et ulcération, de toute la muqueuse digestive, dans
certains cas ? ».
A noter que la localisation aux extrémités du tube digestif
évoque MURIATIC ACID., tandis que la prédilection pour les
jonctions cutanéo-muqueuses fait penser à NITRI ACID.
H. VOISIN précise que la perlèche apparaît surtout chez des
patients faibles et cachectiques. Si l’on se réfère à un article de
Léon RENARD paru dans la revue " L’Homéopathie
moderne " (1935 n°5), il semble que les auteurs du XIX
siècle étaient plus affirmatifs sur le rôle thérapeutique de
CONDURANGO en cancérologie: sein, gorge, estomac, langue, lèvre...
BURNETT publia de nombreuses observations sur son efficacité dans
la perlèche et dans les fissures de la langue.
La perlèche peut être d’origine streptococcique. Cette cause
implique au moins deux conséquences. D’abord, et comme il s’agit
d’une infection particulièrement tenace et récidivante, il
convient, , de donner des doses de STREPTOCOCCINUM (9 à 15 CH
une fois par semaine). Ensuite, il est fréquent que le streptocoque
entraîne une sensibilisation, voire une allergie. Il est donc
logique d’ajouter POUMON HISTAMINE 15 CH en prises espacées, en
alternance avec STREPTOCOCCINUM 9 ou 15 CH.
La seule notion d’infection streptococcique chronique
justifie la prescription de STREPTOCOCCINUM. Mais il existe pour ce
" biothérapique mineur " une pathogénésie clinique que
l’on peut retrouver dans la revue l’Homéopathie Française
(1959/n°4), article signé. SEVAUX et A. EMAR (" Contribution à
l’étude de l’action biologique des dilutions homéopathiques:
STREPTOCOCCINUM 7 CH et 9 CH). On lira aussi avec intérêt l’article
de R. ZISSU publié dans la revue " L’ Actualité
homéopathique " (MASSON - 1989 N°4), intitulé:
" Streptococcinum et les remèdes de couverture dans la
prévention des rhino-pharyngites récidivantes ".
De cette pathogénèse clinique, voici quelques
signes:
- La langue se dépouille d’avant en arrière
(scarlatine).
- Langue blanche avec pointe rouge (Rhus tox.).
- Foyers infectieux dentaire, arthrite dentaire.
- Gencives douloureuses à la mastication.
- Impression de lèvres salées.
- Intolérance aux courants d’air.
- Intolérance à la lumière, au bruit.
- Cancérophobie, vertiges en se levant et en se couchant,
désespoir, crainte d'incurabilité.
- Pleurs sans raison, peur de la pitié.
- Hallucinations auditives (on entend crier au secours) et
visuelles (on voit la chambre se remplir de milliers de mouches),
on craint de devenir fou.
- Obséquiosité exagérée.
- Migraines rebelles avec vomissements bilieux.
- Cauchemars, rêves de bagarres.
- Etc.